Jamais sortie avec personne. Ne danse pas en soirée. N'a aucune envie d'aller en boîte. Ni de se bourrer la gueule. A déjà donné, merci bien.
Aime la musique par-dessus tout, mais n'en écoute pas outre mesure, n'a pas de préférence : il suffit que la mélodie fasse voyager pour aimer. Fait du piano, sans plus : trop paresseuse, et préfèrerais avoir appris la guitare finalement.
A déjà voulu mourir. A déjà haït quelqu'un. A perdu la personne, qu'évidemment, elle aimait le plus au monde. Se rend compte que ce n'est que maintenant qu'elle s'en aperçoit, mais trop tard. Sait que la vie n'est pas rose, et se demande perpétuellement comment on peut rire alors que l'on ne sait que trop bien quelle issue nous attend à la fin. Quelle bizarrerie que de vivre en ayant la certitude de mourir.
Est perpétuellement amoureuse. De lui, mais pas seulement. De la vie aussi. Et du vent qui lui fait peur la nuit quand il souffle top fort. De la tourterelle qui la réveillait avant dans son jardin, tous les matins, qui chante toujours, forcément, là bas. Mais elle est trop loin pour l'entendre. Amoureuse des images et décors qu'elle se bâtit dans sa tête quand celui qui l'entoure l'étouffe. De ce qui l'attend plus tard. De toute cette nature qui la rend pleinement heureuse quand elle la regarde seule... des ailes des oiseaux auxquelles elle aurait tant aimé avoir droit.
Rêve. De sauter une étape, entre autres. Celle de l'adolescence et des études. Voudrait déjà être globe trotteuse... Une vie d'aventures, sans accroches et sans limites, dans laquelle peu de gens auraient à jouer un rôle. Rêve de tout et de rien, sans cesse et n'importe comment.
Effrayée aussi. Et s'il n'y avait pas de demain ? Mourir jeune, sans doute une phobie. Pourtant ce n'est pas la mort qui effraie, seulement la certitude de rater tellement de choses si elle vient trop tôt. Effrayée d'être si sensible, de ces cauchemars, de ces non-dits et de cette passion pour l'évasion. Ne se connaît que trop bien, ou peut être pas assez. Sait parfaitement que depuis, son plus gros défaut est de passer à côté de la réalité, par amour du rêve.
Ne s'endort jamais sans avoir peur. Peur de ne jamais être aimée, peut être. Ou de ne jamais savoir aimer. De rater sa vie. De ne jamais savoir écrire correctement. De devenir avec l'âge, seule, blasée et résignée, sans jamais avoir rien changé au monde. De mourir sans avoir jamais rien fait de son nom. Sans laisser de traces. De toujours rester à côté de la plaque.
Et voilà. Tout ça parce que je me suis levée ce matin avec ces picotements dans la main qui me criaient de taper sur mon clavier. Et j'ai cédé.
Là, tout de suite j'ai envie de pleurer. Parce que je sais plus trop bien où j'en suis avec tout ça. Parce que je n'ai jamais demandé à être aussi compliquée et parce que je ne suis pas normale. Envie que tout soit simple. En attente de quelque chose qui me manque mais je ne sais pas de quoi.
Je sais que dans une heure je serai souriante, à des kilomètres de cet article, et que tout ça attendra le soir pour revenir me boucher les méninges.
[Ecrire son nom au crayon sur une feuille, et le gommer ensuite. Penser à lui puis l'oublier.]