Un orage aurait plus d'allure pour se crier ces choses là,
Se jeter ces mots à la figure.
Comme la pluie nous manque parfois,
Comme le soleil nous tue.
Comme ses rayons nous semblent froids quand on ne s'aime plus.
Comme les forces nous manquent parfois
Une bagarre aurait plus de gueule,
Passer ton visage à tabac,
Qu'enfin plus personne n'en veuille...
Abrutie de musique, saoule de paroles.
Te noyer derrière les notes, sombrer en rythme.
Tellement vide.
Toi qui n'y fait jamais attention, tu réalises la présence de l'intrus dans ta poitrine.
Tu le sens se tortiller, se tordre puis se détendre.
Tu le sens s'enfoncer.
Morte de peur à l'idée qu'il se barre de ta cage thoracique.
Pourtant, tu voudrais le voir surgir devant toi.
Le voir se traîner pitoyablement sur le plancher.
Et le piétiner.
Joie sauvage, cruelle, bestiale, sadique. Trop sincère peut être.
Plus trouée que jamais.
Enfin débarrassée de ton coeur.
Tu fonds. Se noyer, aurait été trop facile. Tu n'y est même pas arrivée. Tu flottes, bercée par le son du piano.
Ruisselante au fond de toi, tellement impassible.
Tu sais très bien quelle expression a ton visage quand tu tapes ces mots. Ou plutôt, celle qu'elle n'a pas.
Attendre qu'il passe. Ce putain de moment où tu voudrais tout faire pour oublier. Courir jusqu'à tomber. Pleurer, hurler jusqu'à t'apaiser. Ouvrir ton coeur en deux pour y lire ce qui te fait si mal et qui t'échappe éternellement. Si tu avais eu des clopes, tu les aurais toutes fumées. Tu ne t'es jamais servie d'un briquet.
Ecrire à la deuxième personne. Ne pas être cette fille fragile, aux yeux pleins de larmes retenues. Qui n'ont même pas de raison d'être.
Ivre du pouvoir que l'on peut avoir sur les mots. Les effacer, les réecrire. Et ils sont là, passifs, attendant désespéremment que l'on veuille bien faire quelque chose d'eux.
Ils sont tellement pitoyables.
Et tellement grands de ce sang froid.
Je les aime.
Parce qu'ils nous ressemblent. Parce que c'est tout simplement ce que l'on est. Des mots.
Des mots sur la page d'une humanité trop grande pour nous.